dimanche 11 février 2018

Le petit prince, existe-t-il une sagesse propre à l'enfance ?


De l’importance de la chimère et de l'émerveillement.


Le petit prince marche à côté, 
Aucune chance, pour lui, d’attraper jamais ce point fixe - sans consistance - appelé but ou objectif. 
Son intensité se mesure en décibel de silence.

« En effet. Quand il est midi aux Etats-Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au  coucher de soleil.
Malheureusement la France est bien trop éloignée. Mais, sur ta si petite planète, il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le crépuscule chaque fois que tu le désirais…
-          Un jour, j’ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois !
Et un peu plus tard tu ajoutais :
-          Tu sais… quand on est tellement triste, on aime les couchers de soleil…
-          Le jour des quarante-trois fois tu étais donc tellement triste ? Mais le petit prince ne répondit pas. » p 26-27

 Etna - Sicile 2017

Le petit prince, comme les enfants, a une connaissance intuitive de la pyramide de l’importance. 

Philosophie en lettres minuscules, (le petit prince étant - dans le texte d'Antoine de Saint-Exupéry - l'assemblage d’un nom commun couplé à un adjectif dénué de majuscules), l’enfant sait voir le précieux d’un éléphant contenu dans un chapeau. Remarque la beauté d'une rose ordinaire. Célèbre le lever journalier du soleil ou le gris d'un nuage luisant sous un ciel d’orage. Chérit, plus que toute autre possession, la lumière d’une présence, fut-elle celle, capricieuse, d'une rose égocentrique. Et derrière le brouhaha des actions inutiles - s'occuper d'un volcan éteint, on ne sait jamais - sous la collecte du dérisoire, une boite en carton, une caisse en bois, un dessin approximatif, ce dernier, sait détecter les preuves des choses essentielles. 



Sicile 2017

Malheureusement, ses seules compétences, sa capacité d’observation, son imagination, n’entrent pas dans la vie à labeur tenace. Que lui reste-t-il, alors ?

Les rencontres.
Réalistes. Décevantes. Le petit prince, comme l’enfant, a pour hiérarchie, la linéarité des sentiments premiers. Peu lui importe les titres, les consignes, l’accumulation d’avoirs dérisoires. Son ambition a la taille de la coquille du moi, se résume à ses quelques pas d'histoire, englobe son proche univers : la rose, le renard, l'aviateur.  

Il persévère, pourtant. Chaque jour, à respirer le dialogue rance et convenu des hommes oublieux de leur enfance. Chaque minute à mesurer l’ampleur du désastre. A observer le monstre bruyant et hyperbolique d’une modernité phagocytant la vie des employés, plaçant l’agent, la notoriété, au zénith du primordial.

Et puis, parfois, au détour d'un chemin - la lumière des rencontres - la respiration d'un aviateur meilleur dessinateur que réparateur, la saveur d'une eau fraîchement sortie du puits, l'éclat amical d'un renard à l’œil brillant. 

Son errance est une collecte de bouts de mémoires ébréchées,
Une collection de vieilleries frappant la rétine du cœur.  


Aussi, s’esquive-t-il lentement vers un murmure fatigué à l’orée de la nuit.


Sicile 2017
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Un partage FRANCE CULTURE

mercredi 7 février 2018

"L'odyssée des animaux" par Sandrine Vézilier au Musée d'Histoire Naturelle de Lille.

Un tableau est-il simple objet pictural - comme une lecture rapide semblerait l’indiquer ? Ou, dans la complexité des sujets étudiés, dans la forme des éléments présentés, ne constitue-t-il point un formidable miroir sociétal ?

L’Art serait-il le reflet d’une époque ?



La conservatrice du Musée des Flandres à Cassel, Sandrine Vézilier, se propose de mettre en regard connaissances scientifiques  et exécution plastique.  A travers diverses représentations, la commissaire d’exposition évoque une véritable mémoire culturelle.

Son expertise – effectivement - ouvre des pages de connaissance à savoirs multiples, dépasse les  frontières de l’évidence.






Développements… L’époque contient toujours l’essence de son esprit.

Pour le dire autrement, une représentation ne peut être séparée de son auteur. Lequel a pour horizon la science et les savoirs dont il dispose.

La question étant de savoir comment lire une iconographie d’allure simple où un animal – en outre, si bien représenté – ne semble donner à voir que lui-même...

De fait, ce qui est assez extraordinaire, évoque-t-elle, c’est de constater qu’il n’en est rien.

Car enfin, à l’époque où l’on pensait pouvoir parcourir quatre continents et guère plus… Voyager. Observer des animaux n’était chose ni aisée ni courante.

Certes, pouvait-on s’inspirer des ménageries royales.  Ou encore, le peintre pouvait-il s’appuyer sur des planches scientifiques.  Illustrations, certes remarquables, mais comportant des souriantes erreurs. Parmi elles, des phoques aux nageoires improbables, des insectes chimériques ou encore des coquillages de belle imagination.



Néanmoins, il serait tout aussi erroné de tout moquer. Dans un dix-septième siècle où les sciences, la curiosité, le désir de découvrir le monde jouent des rôles non négligeables, le microscope fait des adeptes. L’exotisme laisse place à de belles explorations et à de réelles observations, prodiguant aux peintures d’insectes  un réel intérêt scientifique.

16 novembre 2016 Musée d'Histoire Naturelle de Lille






vendredi 5 janvier 2018

Pourquoi faut-il sauver les langues ? par Barbara Cassin.




Pourquoi apprendre le grec ou le latin ? 
Qu'apporte cette pratique ?
Parfois, une langue nous est trop proche – trop affective - pour qu’on puisse en savourer l’entière étendue, pour pouvoir en apprécier les dimensions gustatives ou en goûter l’entière richesse. L’approche d’une culture différente met à distance, ouvre de nouveaux horizons conceptuels, démultiplie les rapports aux sens, accroît les équivoques.
Or, justement, le grec est une langue vraiment autre, explique la philologue Barbara Cassin. La philosophe a d’ailleurs eu le bonheur de pouvoir travailler avec des enfants psychotiques. L’enseignante a pu mesurer l’effet – étonnant, voire détonnant - produit par cette étude sur ces derniers. Une véritable révélation. Un choc. L’apprentissage d’une altérité. Les élèves, en mesurant les écarts, en observant les dissonances présentes au niveau des discours,  en soulignant les équivalences de vocabulaire ou les synonymes, ont mieux saisi le sens et les particularismes de leur propre langue.

Vendredi 17 novembre 2017

Barbara Cassin, Heinz Wismann, et Thomas Benatouïl.
Merci à tous trois de vos aimables accords.


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Conférence entière :



Galerie Photo : 17 novembre 2017







mardi 19 décembre 2017

Plagiat et imitation en littérature, par Maxime Decout


Maxime Decout - 27 septembre 2017- Médiathèque du Vieux Lille

L’imitation, au fil des générations, a perdu ses lettres de noblesse. Autrefois considérée comme une étape de formation quasi obligatoire - notamment dans le domaine de l’Art où copier des heures durant des modèles de chair ou de papier constituait le passage obligé des  candidats à l’Académie - elle fait aujourd’hui l’objet de reproches, de méfiance, voire d’un rejet définitif.  Au reste, les contours de l’imitation sont très imprécis. Les confusions entre la simple allusion,  la citation, l'influence et le pastiche sont encore nombreuses.

Souvent assimilée à la reproduction du même, à la répétition d’un identique au geste prêt, au millième de la lettre, cette dernière est devenue suspecte, puis, peu à peu, s’est couverte sinon d’opprobre, au moins de mépris.
Sartre, évoque Maxime Decout, méprise ces écrivains sentant l'alcool. Nathalie Sarraute critique vertement Paul Valéry.

 De même, à l’école, ne cesse-t-on de fulminer contre l’imitation. « Arrête de regarder sur ton voisin. Élabore tes propres hypothèses.» évoque avec une régularité quasi métronomique l’enseignant pratiquant les sciences. « Madame, il triche sur moi. » remarque non moins fréquemment l’élève travaillant pourtant en groupe.  Nous le voyons, l’imitation souffre d’abord d’un amalgame redoutable, celui de sa confusion avec la copie. Laquelle étant vue comme répétition, reprise en miroir, décalque pavlovien de ce qui est comme il est, paraît être une activité stupide et stérile. Pire, à l’absence manifeste de réflexion s’ajoute le sentiment honteux de ne penser qu’au travers de l’autre, d’exister grâce à autrui, de n’avoir aucun point de vue personnel, bref, de penser par procuration. S’en suit un procès sans appel où insidieusement, l’appropriation neutre glisse vers le chapardage, la prise d’information vaut cambriolage de la propriété intellectuelle et toute tentative de comprendre de quoi il retourne frôle le vol aggravé en plagiats organisés. 



Comment défendre la pratique du pillage et de la tricherie ? Comment  considérer  l’imitation en tant qu’allier pédagogique ? Comment la valoriser comme méthode d’apprentissage ?
Dans ces conditions, peut-on encore décemment mettre en avant ses avantages ?
Dès lors, ne vaut-il pas mieux cacher, masquer, camoufler son emploi ? N’est-il point préférable d’en nier l’existence ?

Ainsi, mal vue, dévalorisée, bien que présente à de nombreux niveaux d’apprentissage, cette dernière conserve-t-elle – lorsqu’on l’exerce - une note négative ou passe-t-elle invariablement à la trappe.
Pourtant, qu’en est-il vraiment ?
Ne peut-on créer en copiant ? Ne faut-il impérativement construire avant de déconstruire ? Ne doit-on s’exercer, s’exercer et s’exercer encore ? Pratiquer toujours, jusqu’à en perdre patience, jusqu’à atteindre la parfaite maîtrise de chaque ligne, le moindre trait – en matière de dessin -, jusqu’à connaître la plus imperceptible note en matière musicale, en gros,  pour le dire autrement,  s’approprier des techniques et méthodes avant que de se lancer dans le mouvement de la création et de passer aux multiples improvisations ?
Autrement dit, faut-il bannir l’imitation ou en louer l’usage comme l’indique le philosophe Alain dans ses Propos sur l’éducation  ? Ne serait-ce point là le moyen d'entrer dans "une famille littéraire" ? William Shakespeare ne s'en est pas privé. En ce cas, où situer l’originalité d’une activité, finalement, très ancienne ?

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Galerie photos


Maxime Decout - 27 septembre 2017- Médiathèque du Vieux Lille